Dans la tête d’Axelle Ayad – co-fondatrice et CEO de Mapatho

Nous sommes partis à la rencontre d’Axelle Ayad, co-fondatrice et CEO de Mapatho, startup membre de la première promotion de Future4care.
Axelle est entrepreneure, mais pas seulement. Elle est aussi écrivain, autrice de deux livres, Lonely Patient et Happy Patient. Elle est également une patiente militante, membre d’associations de patients et engagée à faire bouger les lignes;
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Publié le 07 novembre 2022 à 03h43

 

Bienvenue dans le huitième épisode du podcast WhatHealth, de Future4care. 

Cette fois-ci, nous ne sommes partis à la rencontre d’Axelle Ayad, co-fondatrice et CEO de Mapatho, startup membre de la première promotion de Future4care. 

Mapatho est une plateforme pour les malades chroniques et leurs proches, qui leur permet de trouver un annuaire de professionnels de santé, par pathologie. Pas n’importe quels professionnels de santé, mais ceux recommandés et notamment par des associations de patients. 

Mapatho, c’est aussi du partage de contenus, par pathologie, qui permet d’obtenir des informations concrètes pour apprendre à vivre avec sa pathologie et/ou à soutenir les personnes de son entourage dans leur quotidien de patient. 

Mapatho s’appuie sur une intelligence artificielle, IAGO, pour améliorer son expertise et sur un algorithme, afin de personnaliser les parcours de soins selon les besoins des patients. 

Dans cet échange, Vincent Puren questionne Axelle sur le chemin parcouru, de son diplôme en école de commerce à aujourd’hui, son poste de CEO d’une startup reconnue et implantée sur le secteur de la santé en France et bientôt à l’international. 

Cette tribune est issue de l’épisode 8 du podcast WhatHealth. Pour écouter le podcast dans sa totalité, rendez-vous ici. Pour le visionner, c’est ici. 

 

Choix de vie, maladie et cheminement vers l’entrepreneuriat  

Axelle est entrepreneure, mais pas seulement. Elle est aussi écrivain, autrice de deux livres, Lonely Patient et Happy Patient. Elle est également une patiente militante, membre d’associations de patients et engagée à faire bouger les lignes, notamment avec son think tank ‘Les Ateliers Mercure’, un groupe de réflexion en santé, indépendant et pluridisciplinaire. 

Vincent a souhaité en savoir plus sur tout cela et notamment, sur le chemin parcouru pour y arriver. 

Alors, Axelle commence par nous parler de son enfance. Issue d’un milieu plutôt modeste, elle nous confie qu’arriver en terminal, elle ne savait pas vraiment où aller si ce n’est la fac. Puis, lors d’un entretien individuel, sa professeure lui parle de la classe préparatoire, piste inconnue pour Axelle. Elle décide malgré tout de se lancer, puis poursuit son chemin au sein d’une école de commerce et à sa sortie, elle décide de se lancer dans ce pourquoi elle pense être la plus douée : l’humain. Ce sera donc les ressources humaines dans de grands groupes, d’abord chez L’Oréal, puis Carrefour et enfin Urgo. 

Très jeune, Axelle avait déjà ressenti de grosses migraines, était déjà consciente qu’elle était sujette à une/ des pathologies, mais sans avoir les capacités de déterminer desquelles il s’agissait exactement. 

C’est plus tard, lors de son expatriation en Chine, qu’elle est victime d’un gros malaise qui l’obligera à rentrer en France. A 23 ans, on lui diagnostique alors une endométriose1, et non une appendicite, comme pensaient certains médecins. Rassurée de savoir ce qui lui arrive, Axelle nous confie qu’elle se retrouve cependant à cette période, en errance médicale. Elle ne sait pas qui contacter, comment s’y prendre, où aller, à qui parler, un vrai désert. 

Malgré tout, elle ne change pas son mode de vie, si ce n’est qu’elle change d’entreprise. Nous sommes en 2018 et petit à petit, elle réalise qu’elle n’est plus en phase avec le travail qui lui est demandé. Des politiques de ressources humaines qui ne collent pas à ses valeurs et un rythme de vie incompatible avec ses problèmes de santé. 

Elle est notamment suivie par une neurologue à cette époque, qui lui diagnostique un type de migraine très spécifique. Des migraines qui entraînent quatre fois plus de chance d’avoir un AVC a la personne qui en est victime. Face à cela, cette professionnelle de santé dit à Axelle que si son mode de vie ne change pas, sa vie sera en danger. 

Un jour de séminaire, sortant tout juste de réunion et en retard pour rejoindre son équipe, Axelle prend la voiture, stressée, pressée et c’est l’accident.  

Cet événement marque un tournant pour Axelle. Elle décide de donner sa démission et de changer totalement de vie, aller vers l’inconnu. « Je veux devenir entrepreneur » nous confie-t-elle avoir décidé à cette époque. 

 

L’entre-deux – la création d’une startup  

« Personne n’y croyait » nous confie Axelle. 

Reconnue pour ses talents dans les ressources humaines, sa capacité à potentiellement devenir une bonne marketeuse, mais pas entrepreneure. Cependant, Axelle sait qu’elle doit se lancer. Plus que le métier d’entrepreneur lui-même, elle décide qu’elle doit agir pour les personnes comme elle, qui sont atteints de maladies et/ou de pathologies et qui se retrouvent face à l’errance médicale.  

Elle se dit qu’il n’y a ‘plus de temps à perdre’. Très soutenue par ses parents, très loin de l’univers entrepreneurial, pourtant elle y puise sa force. 

Très vite Axelle se lance, mais elle est rattrapée, à plusieurs reprises par ce syndrome de l’imposteur, que beaucoup d’entrepreneurs connaissent. D'abord, parce que l’entrepreneuriat est un univers très masculin, mais aussi parce qu’elle ne se trouve pas légitime à parler de santé sans être issue de ce domaine ou d’un milieu proche. 

Cependant, elle s’accroche et décide de créer l’entreprise dans laquelle elle aurait toujours rêvé de travailler. Une entreprise qui considère ses employés, mais qui respectent aussi ses engagements, ici, créer une solution éthique et qui apportera une vraie solution aux patients, sans leur en demander plus que ce qui leur incombe déjà au quotidien. 

Parallèlement, comme tous les entrepreneurs, l’équilibre vie personnelle et professionnelle devient compliqué pour Axelle. 

Mariée à son amour de jeunesse depuis 2015, elle sent qu’un écart se creuse entre sa vie la semaine, une vie à 200 à l’heure, riche de découvertes, de rencontres, de nouvelles expériences, mais très prenante et sa vie le week-end, qui convenait parfaitement jusqu’ici, mais qui semble ne plus suffire, et même s’éloigner complètement de ce qu’elle en attend.  

Un gros dilemme s’impose pour la femme et l’entrepreneure qu’est Axelle : « Continuer dans ce TGV et qui m’aime me suive, ou ralentir, mais en sachant que je vais dépérir » nous confie-t-elle. 

C’est la première option qu’elle retiendra, qui l’amènera dès 2018 à se concentrer à 100% à Mapatho, une startup fondée sur un alignement parfait avec ses valeurs et ses ambitions. 

 

Mapatho, la concrétisation 

Axelle formalise alors son idée, elle se lance, mais se rend également compte qu’il lui manque beaucoup de compétences, essentielles au développement d’une entreprise. C’est comme cela qu’elle contacte ses deux associés, dont Pierre-Emmanuel Obéniche, encore présent aujourd’hui au poste de CPO.  

Rapidement, ils prennent conscience que, comme toutes les autres entreprises en phase de lancement, ils doivent trouver un moyen de se financer. Cependant, Axelle est contre cette approche très répandue dans l’écosystème startup de lever des fonds à tout prix. 

Elle refuse d’ailleurs, à deux reprises, les fonds qui lui sont proposés. La première fois, car elle nous dit ne pas suffisamment connaître sa valeur à l’époque, ne pas avoir assez d’expériences et de connaissances pour tout ce que cela implique pour sa société dans l’avenir, car qui dit lever des fonds, dit retour sur investissement pour l’investisseur. La seconde fois, c’est par manque d’alignement avec l’organisation en question ; elle quitte ses précédentes fonctions, car elle n’y trouve plus de sens, ce n’est pas pour recommencer ici, au sein de sa propre entreprise. 

Cependant, consciente qu’il est nécessaire de trouver un moyen de financement rentable et pérenne, elle décide d’accepter de se prêter à l’exercice du comité d’investissement. Elle rencontre ainsi le premier investisseur qui entre au capital de Mapatho. 

Les investissements acquis ont été très bénéfiques pour la startup. En effet, cela a notamment permis l’élaboration de leur IA, IAGO, pour accompagner davantage les patients dans leurs besoins. Notamment pour collecter plus rapidement les recommandations qui arrivent sur l’application, puis de vérifier leur véracité et également d’en analyser les sentiments (positifs ou négatifs) pour les traiter de la bonne façon. 

Aujourd’hui, Mapatho est capable de personnaliser le contenu et les recommandations selon les besoins du patient, grâce à cette IA, mais également à un algorithme en fonction des mots clef renseignés par le patient. Cela permet notamment de s’adapter aux changements de vie des patients (déménagement, nouvelles pathologies, …). 

Cependant, aujourd’hui encore, elle dit ne pas courir après les levées de fonds. Elle nous confie qu’elle ne serait pas plus heureuse si elle était présente dans des dizaines de pays ou à la tête d’une ETI. Ce qui l’anime, c’est d’avoir créé le business model qu’elle voulait. 

Tout le business model a été pensé pour qu’il soit éthique et centré sur le patient. D’ailleurs, elle se souvient du lancement de sa startup, quand des personnes lui soutenaient que ça ne marcherait jamais, qu’il fallait se concentrer sur les professionnels de santé pour exister dans cet écosystème. Convaincus que c’est justement là où tout le monde allait et qu’il fallait être différents, les deux associés ont tenu bon et, à priori, cela paie. 

Ainsi, partants du principe que le patient bénéficie déjà d’une mutuelle pour ses soins, Axelle et Pierre-Emmanuel ont choisi d’incorporer leur solution, aux services déjà existants. Lorsqu’une mutuelle devient partenaire de Mapatho, le patient peut accéder à ‘Mapatho +’. Cela lui donne un accès à l’annuaire des professionnels de santé et également à tout le contenu, selon ses pathologies. Aussi, si le patient entre chez Mapatho par le biais de l’application directement, il lui est demandé de renseigner le nom de sa mutuelle. Si cette dernière est partenaire, alors le patient se verra octroyer l’accès premium.  

Tous les patients peuvent aujourd’hui télécharger gratuitement Mapatho. Certains services ne sont juste pas aussi développés que sur ‘Mapatho +’.  

Ce business model qui est à la hauteur des espérances d’Axelle. Elle nous confie d’ailleurs que l’entreprise, en seulement 4 ans, arrive à son équilibre financier et que l’aventure ne va pas s’arrêter ici. 

 

Mapatho, ambitions et réalisations 

Axelle nous confie qu’ils ont la chance, aujourd’hui, grâce à une rentabilité acquise, de pouvoir choisir des clients et partenaires ayant la même vision qu’eux. Plus besoin de se plier à des organisations qui viendraient dénaturer le projet de Mapatho, une chance nous dit-elle. 

Jusqu’ici, la promesse de la startup était de mettre en lien le patient avec le bon professionnel de santé, mais l’inverse est également vrai. Elle nous parle notamment d’un dermatologue qui l’a chaleureusement remerciée de mettre en avant ses expertises, afin que les patients qui le choisissent, soient des patients qui ont réellement besoin de son expertise. Ainsi, Mapatho Pro, service par lequel les professionnels de santé se recommandent entre eux, est né de ce constat. 

Le chemin n’a pas été sans embûches. Axelle nous parle des débuts, lorsqu’il lui était reproché de n’avoir aucune légitimité scientifique. Elle a su, rapidement, s’entourer d’un conseil scientifique composé de professionnels de santé très engagés et convaincus du projet. Puis, petit à petit, de groupes d’experts par pathologies.  

Cette légitimité scientifique est essentielle pour exister dans cet écosystème. C’est d’ailleurs une des composantes qui lui permet d’avancer aujourd’hui dans de nouvelles explorations. 

Axelle nous parle d’ailleurs de deux projets ambitieux pour les mois et années à venir. 

D’abord une nouvelle fonctionnalité, qui sera sur la plateforme d’ici la fin de l’année : la préparation aux rendez-vous médicaux. Grâce à un gros travail avec des experts et professionnels de santé, Mapatho veut développer une offre qui permet aux patients de se préparer à leurs examens médicaux. Cela demande notamment de travailler des algorithmes afin d’orienter le patient au mieux et également d’améliorer le diagnostic de comorbidité. On parle alors de prévention, de prédiction ce qui relève d’un dispositif médical. Un gros projet dans la vie d’une startup, car cela demande beaucoup de temps et d’études, un projet à 4 ans nous dit Axelle, très excitée par cette perspective. 

Par ailleurs, les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas là. Axelle nos dévoile lors de cet échange que Mapatho intègre Mon Espace Santé.2 Un chemin ‘très long et compliqué’ pour en arriver là, avec plus de 150 critères à cocher, mais c’est une vraie reconnaissance institutionnelle nous confie Axelle.  Pour Mapatho, c’est une nette augmentation de sa visibilité, puisque le service sera directement dans l’application de tous les citoyens français, sous ‘catalogue ou service’. Pour le patient, c’est une porte d’entrée supplémentaire pour trouver le bon professionnels et les bons renseignements sur sa/ses pathologie.s.  

Une très belle étape franchie pour Axelle, qui remercie chaleureusement son équipe pour tout l’investissement que cela a demandé. 

 

La culture d’entreprise chez Mapatho  

Dans ses précédentes expériences, Axelle a beaucoup souffert des déménagements forcés pour le travail ou des horaires imposés même lorsque ça n’était pas justifié. Alors, quand elle a développé son entreprise, c’était évident pour elle de ne pas reproduire ce qui l’avait dérangée par le passé et de mettre en place ce qui lui tenait à cœur. 

Par ailleurs, par sa condition médicale, elle savait qu’elle ne voulait plus d’un modèle classique, 35 à 40 h par semaine au travail, en présentiel et des jours de congé à poser pour des rendez-vous médicaux ou lorsqu’un enfant est malade. 

Ainsi, c’est naturellement qu’Axelle a développé un modèle où ses employés travaillent depuis chez eux, tous les jours de la semaine. A l’exception de deux journées par mois, où tous se retrouvent pour une journée totale de brainstorming, pas de réunions, pas de déjeuners individuels, ce sont des journées d’équipe avec repas compris. A cela s’ajoute 4 séminaires de deux ou trois jours par an, en dehors du cadre de travail, pour renforcer les liens et s’aérer l’esprit. 

Pour Axelle, ces moments de qualité, où chacun est à 100 % présent, valent plus que 5 jours par semaine ensemble, sans jamais vraiment se parler. Elle a expérimenté cela au début avec son équipe, mais elle était extrêmement frustrée d’être dans une relation où il n’y avait pas réellement de partage. Coupée des autres dans un bureau, en réunion constamment, ce n’était pas du temps en équipe, pas productif.  

Alors, chez Mapatho, du lundi au jeudi, on est à distance et quand il y a une réunion, c’est caméra obligatoire. « C’est chaleureux » nous confie Axelle. “On voit où habitent les autres, quelques fois, on découvre un membre de la famille passé derrière, ça crée des liens différemment, mais réels.” 

Et puis le vendredi, c’est le « no wear Friday ». Une journée pour boucler ses dossiers, être bien, chez soi en travaillant. Pas de caméra obligatoire, sauf si c’est une réunion avec quelqu’un d’externe évidemment et pas d’obligation de s’apprêter.  

Axelle est consciente que ce modèle ne plaît pas à tout le monde, car c’est aussi savoir s’auto-motiver et puis il faut également être bien chez soi, avoir une pièce dans laquelle on est prêt à passer la plupart de son temps, mais chez Mapatho c’est comme cela.  

Vincent interroge ensuite Axelle sur la question des rendez-vous médicaux, de la place de la santé, de la famille au sein de la startup. 

Axelle répond que c’est sans tabou. Devoir poser des congés pour aller chez le médecin ou chercher son enfant à la crèche, c’est hors de question. Être malade, avoir des impératifs, c’est ok, il faut savoir en parler, elle est d’ailleurs la première à être transparente là-dessus. Tant que le travail est réalisé, chacun se responsabilise à sa façon, ‘c’est terminé l’époque où il faut faire toutes ses tâches personnelles, le week-end, les salariés ne sont pas heureux comme ça ‘, nous confie Axelle. 

Pour que ce modèle marche, c’est aussi une histoire d’hommes et de femmes. Une histoire de recrutement. Axelle nous parle d’ailleurs de ses recrutements comme de rencontres. Elle évoque les recrutements de Lorène et Oriane, les premières recrues. Ce n’était pas qu’une question de compétences, mais aussi une question de feeling, c’est un peu comme la tirade d’Edouard Baer dans le film Obelix et Asterix Mission Cléopâtre nous confie-t-elle ; et puis, un point très important, le partage des mêmes valeurs et surtout de la même vision. 

Axelle est très reconnaissante d’être entourée de son équipe, c’est grâce à eux et à leur investissement que Mapatho se développe si vite et bien et d’ailleurs. Ce n’est que le début, Axelle et son associé comptent bien continuer à faire bouger les lignes. 

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Aujourd’hui 70 % des malades chroniques hésitent à déménager par peur de ne plus avoir un vrai suivi. 

Aussi, malgré la loi Lemoine, plus de 75 % des malades mentent ou se voient refuser des prêts bancaires à cause de leurs maladies. Preuves qu’il y a encore beaucoup à faire. 

Axelle s’engage d’ailleurs à cibler ces besoins à travers Mapatho et son engagement au sein de France Asso santé notamment. 

Nous sommes enclins à croire que la startup, avec sa culture d’entreprise qui vient bousculer les codes et son engagement à toute épreuve, va encore réaliser de grandes choses pour améliorer la vie des patients. 

Il ne nous reste plus qu’à suivre l’évolution de Mapatho à travers les mois et les années. 

En attendant, vous pouvez écouter le podcast dans son intégralité, ici et le visionner, ici. 

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